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WEEDYLAND TIMES

France :Légalisation du cannabis : quels élus y sont favorables ?

Le maire de Reims, Arnaud Robinet, qui est pourtant une figure montante des Républicains, vient d'écrire au Premier ministre pour lui dire qu'il est prêt à tester la légalisation du cannabis récréatif dans sa ville. Avant lui, beaucoup d'autres élus se sont prononcés en faveur de l'expérimentation. Tour d'horizon.



Plusieurs élus se disent favorables à la légalisation cannabis récréatif, ou son expérimentation. Dernier en date, le maire de Reims qui vient d'écrire début septembre au Premier ministre Jean Castex. Pourtant, le contexte actuel ne semble pas ouvrir la porte au débat. Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a récemment réaffirmé son opposition farouche à la dépénalisation, la qualifiant de "lâcheté intellectuelle". D'autre part, l'expérimentation du cannabis médical est reportée à cause de la crise sanitaire.


Cannabis médical : la France frileuse ?


Cette semaine, Arnaud Robinet, maire LR de Reims

"La prohibition n'est pas une solution". C'est dans une lettre adressée le 8 septembre au Premier ministre Jean Castex qu'Arnaud Robinet, le maire Les Républicains de la ville de Reims propose que sa ville soit candidate dans le cas d'expérimentations locales de la légalisation du cannabis. Arnaud Robinet dit réclamer "un vrai débat" à ce sujet pour "étudier les conséquences d'une légalisation de (sa) vente", détaille l'AFP qui s'est procuré la lettre.



"Sur la question de la légalisation, il faut sortir de l'idéologie et être pragmatique", Arnaud Robinet

"La France a l'arsenal répressif le plus strict d'Europe et pourtant, c'est le pays qui compte le plus de consommateurs de cannabis : 11% des Français, trois fois plus qu'il y a 30 ans", souligne l'ancien député. "Cette réflexion, dont l'engagement nécessite un certain courage, pourrait déboucher sur la mise en place d'expérimentations territoriales limitées dans le temps. Reims pourrait alors candidater".



Depuis un an, Caroline janvier, députée LREM

La veille, c'est la députée LREM du Loiret Caroline Janvier qui a interpellé sur les réseaux sociaux le ministre de l'Intérieur pour lui proposer "d'échanger" autour du sujet et "sortir du débat idéologique".



L'élue s'est prononcée en février 2019 en faveur de la légalisation sur le plateau de LCP. Elle est actuellement chargée du volet "cannabis récréatif" au sein d'une mission d'information parlementaire lancée en janvier, sur la réglementation et l'impact des différents usages du cannabis. La mission doit présenter son rapport d'étape le mercredi 16 septembre.


A France 3, Caroline Janvier affirme : "Mon idée initiale était de créer un monopole public, que l'Etat reprenne et gère la distribution de ce produit, en s'assurant de la protection des mineurs."


"Que l'Etat contrôle qui consomme, quel produit, dans quelle quantité, et puisse financer une vraie politique de santé publique grâce à des recettes qui lui échappent aujourd'hui. On le fait pour l'alcool et le tabac". Caroline Janvier à France 3


Après le lancement de la mission parlementaire, le secrétaire d'État en charge de la Jeunesse, Gabriel Attal, s'est déclaré "favorable" à l'ouverture d'un débat autour de la légalisation, sans pour autant dire s'il était pour ou contre.



En juin dernier, une vingtaine d'élus

En juin, c'est dans une tribune publiée sur le site internet de l'Obs, qu'une vingtaine d'élus de tous bords ainsi que des médecins réclament également la légalisation. Intitulée "Après la crise du Covid-19, il faut légaliser le cannabis, vite !", elle a été signée notamment par les députés Sylvia Pinel (PRG), Jean Lassalle (Régions et peuples solidaires), Loïc Prud'homme (LFI) mais aussi les députés de la majorité Aurélien Taché et Sonia Krimi, et le député ex-LREM Guillaume Chiche.


"L’argument économique revient en force à l’heure où nous cherchons des milliards d’euros pour faire face à la crise sanitaire, économique et sociale. La légalisation permettrait en effet de faire rentrer chaque année dans les caisses de l’Etat entre 2 et 2,8 milliards d’euros et elle créerait entre 30 000 et 80 000 emplois, notamment dans le secteur agricole." peut-on lire dans la tribune.


En juin 2019, Daniel Vaillant, Raphaël Glucksmann, le maire LR de Châteauroux

Un an plus tôt, en juin 2019, une autre tribune dans la même veine, également publiée dans l'Obs, réclamait déjà l'ouverture du débat avec le titre "Pourquoi nous voulons légaliser le cannabis". Signée par 70 personnalités, on y retrouve le fondateur de Place publique, Raphaël Glucksmann, le député EELV Yannick Jadot, et Daniel Vaillant, ancien ministre de l'Intérieur du gouvernement Jospin. Mais aussi des élus locaux, comme le maire Les Républicains de Châteauroux Gil Avérous, le maire socialiste de Villeurbanne Jean-Paul Bret, ou encore William Delannoy, maire UDI de Saint-Ouen.


"La France doit légaliser le cannabis, qu’il soit utilisé à des fins thérapeutiques comme récréatives, pour les consommateurs de plus de 18 ans." Les signataires


Dans la foulée, en juillet 2019, le Conseil de Paris se penchait, suite à cette tribune, sur une proposition du groupe Radical de gauche, Centre et Indépendants (RGCI) visant à expérimenter l'usage de la substance dans la capitale. Dans un entretien donné au journal Le Parisien, la présidente du groupe Laurence Goldgrab exprimait son vœu que la Ville propose au gouvernement de "faire de Paris un territoire d'expérimentation de la légalisation du cannabis récréatif pour les personnes majeures en veillant à son encadrement strict".



Parallèlement, le 2 juillet, une proposition de loi pour "la légalisation contrôlée de la production, de la vente et de la consommation de cannabis" est déposée à l'Assemblée nationale par le député écologiste François-Michel Lambert (Libertés et territoires), et soutenue par une quinzaine de députés dont des marcheurs. La majorité seront également signataires de la tribune dans l'Obs de juin dernier. Le texte propose la création d'une Société d'exploitation du Cannabis (SECA) pour développer une filière française.


En 2017, Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon

Lors de la campagne présidentielle en 2017, l'un des premiers candidats à en parler ouvertement dans son programme est Benoît Hamon. Alors député socialiste des Yvelines, il explique dans une vidéo qu'il soutient la "légalisation, et non pas la dépénalisation. Il me semble qu'il faut regarder notre politique actuelle, elle est parfaitement inefficace." Le patron de La France Insoumise Jean-Luc Mélenchon lui aussi en fait un thème de campagne. "Je suis favorable à la légalisation car je ne suis pas favorable au cannabis. Moi je suis pour qu'on fasse campagne contre l'usage, pour ça il faut le légaliser" argumentait-il aussi dans une vidéo.



Et puis c'est Emmanuel Macron , alors candidat "d’En Marche!" qui s'empare de la question, en affirmant premièrement au micro de France Inter :"je crois que la légalisation a une forme d'efficacité. Le sujet est ouvert et doit être considéré", avant de revenir sur sa position six mois plus tard dans Le Figaro notamment : "Non ! Je ne crois pas à la dépénalisation des 'petites doses' ni aux peines symboliques. Cela ne règle rien."



En 2012, la ministre Cécile Duflot

L'écologiste Cécile Duflot, aujourd'hui dirigeante de l'ONG Oxfam, s'est plusieurs fois exprimée en faveur de la légalisation dans les médias. En 2012, alors ministre du Logement dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, elle plaide personnellement en faveur de la dépénalisation, rappelant la ligne de son parti Europe Ecologie-Les Verts, dont elle est la secrétaire nationale.


"Il faut considérer que le cannabis, c'est comme l'alcool et le tabac, même régime : une politique de santé publique et de prévention, notamment vis-à-vis des plus jeunes" - Cécile Duflot


La ministre avait alors été très critiquée, notamment au sein du gouvernement. L'eurodéputé Vert Daniel Cohn-Bendit prend alors sa défense sur Europe 1. "J'ai pris des petits gâteaux, oui absolument. Je l'ai toujours dit et je trouve ce débat affligeants" affirme notamment l'écologiste, évoquant des "space cake" ou pâtisseries au haschisch, la résine de cannabis.


En 1976, "l'appel du 18 joint"

Pourquoi tous ces appels autour du 18 juin, chaque année ? L'histoire remonte à juin 1976. Un manifeste est publié dans le quotidien Libération marquant les esprits avec son titre "l'appel du 18 joint", faisant évidemment référence à celui du Général De Gaulle. Bernard Kouchner, qui deviendra en 1992 ministre de la Santé, signe le texte, qui démarre ainsi : "Cigarettes, pastis, aspirine, café, gros rouge, calmants font partie de notre vie quotidienne. En revanche, un simple « joint » de cannabis peut vous conduire en prison ou chez un psychiatre".


Quelques années plus tard, l'ancien porte-parole du NPA Olivier Besancenot, entre autres, signe une pétition s'inspirant du manifeste, qui conduit chaque année à des rassemblements organisés le 18 juin dans plusieurs villes de France pour réclamer la légalisation.



Les Français sont les premiers consommateurs européens de cannabis, avec cinq millions de fumeurs comptabilisés en 2017, dont 700.000 usagers quotidiens, un nombre qui augmente régulièrement chaque année. Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a réaffirmé que la lutte contre les trafics de drogue serait la "première priorité" pour en faire "l'alpha et l'oméga" de sa politique. Depuis le 1er septembre, l'amende forfaitaire de 200 euros pour tous les usagers de drogue, notamment de cannabis, a été généralisée en France.