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France :Le CBD séduit les entrepreneurs français, malgré des risques

La grande tendance du CBD se confirme en 2020. Ce business lucratif est encore risqué, mais de nombreux entrepreneurs sont prêts à braver les interdits pour avoir leur part du gâteau. Décryptage.



Vous n'avez jamais entendu parler du CBD ? Pour ceux qui ont échappé à cette hype, commençons par une petite mise au point. Le cannabidiol est un des cannabinoïdes (substance chimique) présent dans la plante de cannabis. Vous connaissez sans doute le THC (Tétrahydrocannabinol), le cannabinoïde le plus connu du grand public qui est la molécule responsable de l'effet psychotrope du cannabis. Celle-là même qui agit sur le système nerveux.


Produits cosmétiques, huiles comestibles, tablettes de chocolat, les utilisations sont nombreuses pour le CBD qui, lui, n'est pas présenté comme un stupéfiant, même s'il contient un faible taux de THC. Très en vogue pour ses bienfaits thérapeutiques, c'est LA grande tendance auprès des jeunes trentenaires urbains, adeptes d'une alimentation saine, branchés yoga et Pilates. « Dans un monde où l'on est de plus en plus stressée, l'usage du CBD c'est un peu comme de l'huile de lavande, mais en plus efficace» , assure Judith Samama-Patte, ancienne journaliste et cofondatrice de Fresh Body GreenMind, une marque d'huile à base de CBD, lancée en septembre 2019.


De nombreuses vertus thérapeutiques

Les défenseurs du CBD avancent de nombreuses vertus. « Vous avez mal à la tête, le CBD peut être une alternative au paracétamol, vous avez des règles douloureuses, le CBD vient remplacer un ibuprofène» , précise Judith Samama-Patte qui elle-même l'utilise pour lutter contre son anxiété. « Contrairement aux médicaments consommés en grande quantité en France, le CBD est une médecine douce et naturelle qui a de nombreuses propriétés, notamment pour les sportifs, parce qu'elle permet de lutter contre les courbatures, sans aucune somnolence », ajoute l'entrepreneuse. En un an, elle revendique près d'un millier d'utilisateurs. Pour elle, la prochaine étape est de démocratiser l'usage du CBD dans la grande distribution.



Aujourd'hui, les magasins commercialisant le CBD poussent comme des champignons. « Il en ouvre un presque tous les jours» , observe Ludovic Rachou, cofondateur de Rainbow, une start-up spécialisée dans le bien-être et trésorier du syndicat du chanvre, la plante dont est extrait le cannabis. Lancé l'an dernier, ce collectif qui rassemble près de 80 professionnels recense près de 200 boutiques en France.


Ce que les Etats-Unis font mieux que la France : l'industrie du cannabis


Il y avait eu une première croissance de cette activité avant 2018, mais beaucoup de boutiques ont fermé, faute de législation claire. Malgré quelques condamnations, le secteur attire plus d'un. « Aujourd'hui, nous sommes toujours dans un flou juridique. Ce n'est pas autorisé, mais ce n'est pas interdit », analyse Ingrid Metton, avocate pénaliste et spécialiste dans le CBD qui accompagne de nombreux entrepreneurs. Elle dénonce l'hypocrisie des autorités françaises et pointe une politique trop répressive. « J'ai traité mon premier dossier en 2014, et depuis, on n'a toujours pas avancé sur le sujet »,regrette l'avocate qui milite en faveur d'un cadre plus structuré.


Que dit la loi ?

Concrètement, est-ce légal de lancer un business de CBD en France ? Le THC étant considéré comme stupéfiant, l'article R. 5.132-86 du code de la santé publique dispose que « sont interdits la production, la fabrication, le transport […] de cannabis, de sa plante et de sa résine, des produits qui en contiennent ou de ceux qui sont obtenus à partir du cannabis, de sa plante ou de sa résine ».


Quand on prend une grille de lecture large. L'Union européenne autorise l'usage de la fleur de chanvre pour une concentration de moins de 0,2 % de THC, et donc la commercialisation de produits au CBD.


La législation française est plus sévère. En France, seules les tiges et les graines de cette plante sont autorisées. « Mais pour produire de l'huile, il faut extraire la fleur », souligne Ludovic Rachou du syndicat du chanvre qui pointe un non-sens. Le syndicat du chanvre vient de rédiger un livre blanc à destination du gouvernement. Il propose de supprimer l'obligation de 0 % de taux de THC dans le produit fini.


Cette liberté permettrait de faciliter la vente de produits dérivés. Même si les produits sont proches de 0 %, il reste toujours des résidus. « En cas de contrôle, c'est un peu borderline », reconnaît Ludovic Rachou.


Un business lucratif

Malgré toutes ces complications, de nombreux entrepreneurs français sont prêts à prendre le risque pour avoir leur part du gâteau. A noter qu'aux Etats-Unis, ce marché représentait environ 591 millions de dollars en 2018, mais pourrait être multiplié par 40 d'ici à 2022, selon une étude du Brightfield Group, publiée en octobre 2019. « Quand on regarde le potentiel du marché à l'international, cela vaut le coup d'essayer » , estime David Miguerès, fondateur de Chilled, une boisson pétillante à base de CBD vendue en ligne qu'il a lancée en avril dernier, pendant le confinement. « Il y a un mini-risque juridique », reconnaît l'entrepreneur.


Malgré un marché prometteur, les entrepreneurs peuvent avoir du mal à convaincre les investisseurs de les suivre sur un terrain aussi glissant. « Notre banquier a eu un peu de mal à avoir l'accord de son N + 1 pour nous financer» , confie le cofondateur de Chilled. Une fois le financement assuré, impossible de trouver une plateforme qui accepte d'assurer nos transactions bancaires en ligne. « Nos fonds ont été bloqués plusieurs fois sur PayPal car ils estiment qu'on vend des stupéfiants. On a dû passer par un service en ligne aux Etats-Unis », confie l'entrepreneur.