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WEEDYLAND TIMES

Job :Boulettes et argent facile : récolter de la weed sous le soleil de Californie


Interview VICE


Le photographe Nicolas Catalano est allé vivre son « rêve américain » dans une ferme à cannabis de la côte ouest. Il en est revenu célibataire mais avec de très jolies tofs. Peu avant que Roméo Elvis n’explose et que le projet Straussphère ne prenne réellement forme avec Martin Gallone, Nicolas Catalano est parti outre-Atlantique bosser dans les champs de cannabis de la côte ouest, manipuler des kilos d’herbe et en fumer par la même occase.

Mais sa parenthèse américaine s’est ternie quand il a dû gérer une séparation à distance et les photos qu’il a ramenées ont dès lors pris une toute autre dimension ; celle de représentations visuelles de cette rupture. Trois ans plus tard, il rend public les souvenirs qui lui restent de cette période trouble à travers un récit personnel, entre textes intimes et photos argentiques, un recueil complexe fait de soleil californien, redneck cocaïnomane, weed à foison et peine de cœur donc. VICE : T'en étais où dans ta vie juste avant de partir en Californie ? Nicolas Catalano : J'avais fini mes études de photo depuis un an. Comme beaucoup de gens du milieu artistique, j'ai pas trouvé de boulot dans mon domaine. C'était aussi le tout début de la Straussphère avec Martin mais à ce moment-là, Roméo n’était pas très connu et on ne gagnait pas notre vie avec ça. Mes seuls revenus, c’était mon job alimentaire dans un magasin de déco que j'ai quitté juste avant de partir. Le but de ce voyage, c'était de me faire le plus de thunes possible pour pouvoir me consacrer pleinement à la photo en rentrant en Belgique. Comment t’as entendu parler de ces fermes de cannabis ? C'était la soeur de mon ex qui m'en avait parlé. Elle y avait déjà bossé un ou deux ans plus tôt et m'avait raconté que tu pouvais te faire pas mal d'argent. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’à ce moment-là, la beuh en Californie n'était pas légale ; c'était juste pour les dispensaires destinés à l’usage médical, pas pour l’usage récréatif. Donc t'avais plein de champs pour approvisionner ces dispensaires peuplés de travailleurs et des des travailleuses venus d'Europe ou d'Asie, mais c’était pas encore super connu à l'époque. Ça payait bien ? Ça dépendait dans quelle ferme tu tombais. C’est bizarre, soit c’était des fermes américaines tranquilles, soit carrément des trucs de mini cartels, je sais pas comment t’expliquer mieux. Bref, t'es payé au poids, au pound (livre, ndlr). Quand la soeur de mon ex l'avait fait, c'était genre 150, 200 dollars par pound. Si tu travailles bien, en général tu fais 1.5 pound (680 g) voire 2 par jour (900 g). Donc s’il y avait du taf, tu pouvais te faire facile 10 000 dollars en deux mois. Après, ça dépend des périodes. Plus les années passaient, plus y avaient des gens et moins bien c'était payé. « S’il y avait du taf, tu pouvais te faire facile 10 000 dollars en deux mois. » Donc t’arrives aux States, tu vas direct à la recherche de ces champs ? Quand je suis arrivé, mon pote m'attendait à San Francisco où il avait trouvé un couchsurfing. On est restés là une semaine. Le mec chez qui on dormait, un gars qui travaillait à la Silicon Valley, était trop sympa ; il nous a offert deux nuits dans une yourte près du parc national de Yosemite. C’était sur notre route vers la Californie. On s’est rendu compte que c’était un truc de malade et on est finalement restés 3, 4 jours. Puis on est arrivés dans le nord de la Californie et on a essayé de trouver une ferme. Concrètement, tu fais quoi dans ces champs ? La manucure. C’est tout bête : quand les plantes sont arrivées à maturité, tu les coupes tu les laisse sécher un certain temps ; et la manucure, c’est juste après, et c’est le plus chiant en fait. T'es juste là, assis sur une chaise, et tu reçois des masses de sacs poubelles remplis de beuh, t'as des grosses têtes et tu dois tout couper. Tu prends les plants avec toutes leurs feuilles en trop et t’enlèves celles qui servent à rien. Il faut que tout soit parfait, prêt à être fumé. « T'es juste là, assis sur une chaise, et tu reçois des masses de sacs poubelles remplis de beuh, t'as des grosses têtes et tu dois tout couper. » T’as fait ça combien de temps ? Un mois et demi, mais on a pas fait que de la manucure. On s'y connaissait pas du tout avant d’arriver là. J’étais parti à l'arrache, j'avais pas vraiment planifié le truc. En fait, on n’est pas arrivés à la bonne période. Normalement, tu fais la manucure en octobre. Donc on a passé la moitié du temps à planter et à s'occuper des champs et l'autre moitié, on a manucuré de la beuh qui datait de l'année dernière, chez un Brésilien. Des kilos et des kilos. Tu fumais beaucoup ? Mon pote était non-fumeur. Moi, avant de partir, je m'étais dit que je voulais faire une pause de tabac et de beuh. Mais avec la rupture, je t'avoue que j'ai complètement craqué ; je fumais en travaillant. Quand tu fais la manucure, t'es là de 8 du mat’ à 1, 2 voire 3 heures du mat’, tu bouges pas de ta chaise, tu vois des kilos qui passent ; d'office t'en prends. En plus, j'avais pas de gants, mes mains étaient pleines de résine. Il suffisait que je frotte mon index et mon pouce et j'avais des boulettes de shit. Du coup, je prenais des têtes, j'effritais à l'arrache - tu sais, comme les Américains quand tu les vois effriter des gros morceaux de beuh. Je roulais comme je pouvais, avec mes doigts collants. Comme un bourrin. Ouais, complet bourrin. Mais tu vois tellement de beuh que ça représente plus rien de concret. À Bruxelles, t’achètes des 5 ou des 10 grammes quand t'as envie de fumer. Là-bas, tu vois des kilos devant toi, forcément tu fais pas attention. À fond, quand t'es davantage dans l'économie du joint, t'essaies d'optimiser pour faire avec ce que t’as... Ouais, alors que là, t'y vas à fond. Tu prends juste une feuille, tu mets ce que tu veux dedans, tu la roules, ça ressemble à rien à cause des mains qui collent et tu finis même pas ton petch que t'en roules un autre. Tu t'en fous. Ça représente plus rien. Putain, la vie de roi. Le truc, c'est que je me rendais pas compte de la qualité de la beuh que je fumais. Pour moi, c’était normal. Mais en Belgique, si tu fumes de la californienne, c’est la Rolls Royce. « Mes mains étaient pleines de résine. Il suffisait que je frotte mon index et mon pouce et j'avais des boulettes de shit. » Pour évoquer ton projet en lui-même, t'avais prévu de documenter de cette manière dès le début ? Pas du tout. De base, je travaille toujours en argentique moyen format ; sauf que là-bas, je partais vraiment en mode sac à dos, donc j'ai pris le minimum : un télémétrique 24x36 et un point-and-shoot. Je pensais vraiment documenter tranquille, sans pression. Mais avec l'histoire de la rupture... Ouais, quand on lit les textes qui accompagnent tes photos, ce qui finit par ressortir le plus parmi tout ce que tu racontes, c’est cette histoire de rupture qui est là comme trame narrative principale. J'ai documenté ce voyage d'une manière complètement différente à ce que je pensais faire à la base. Ça occupait tellement mon esprit que toutes les photos étaient influencées par ma rupture. Sans ça, il y aurait peut-être pas eu autant de photos de paysages par exemple... Du moins je les aurais davantage gardées pour moi. J'étais tellement préoccupé par ma rupture à distance que même mon comportement était différent. C'est grâce aussi à mon pote que j'ai tenu le coup. Sinon j’étais prêt à rentrer plus tôt. « À mon retour, j’ai eu une confrontation avec mon ex, et j’ai eu besoin de vivre d'autres choses. Et c’est seulement depuis peu que j'arrive à travailler sur ces photos. » C’est pour ça que t’as mis trois ans avant de les publier ? Histoire de digérer ? Quand je suis revenu en Belgique, ça avait explosé pour Roméo. Trois jours après mon retour, il faisait Dour et j’étais là. Puis tout a continué avec lui, j’ai direct été embarqué. Mais oui, j'ai eu besoin de prendre du recul par rapport à tout ça. À mon retour, j’ai eu une confrontation avec mon ex, et j’ai eu besoin de vivre d'autres choses. C’est seulement depuis peu que j'arrive à travailler sur ces photos. Quand j'ai développé mes photos à mon retour, je pensais pas du tout les travailler comme ça. Déjà à la base, je voulais séparer travail dans les champs et rupture. Au fil du temps, j'ai compris que je pouvais pas dissocier les deux. Qu’est ce qui te pousse à rendre public un truc aussi intime ? Au-delà de la rupture, je trouvais simplement que c’était pas anodin d’avoir fait ce voyage. Quand je suis rentré et que j'en parlais aux potes, tout le monde trouvait ça spécial. Même avant de partir, je savais pas où j'allais tomber. Je me suis dit qu'il fallait que je le raconte. L'objectif final c'est un livre c'est ça ? Voilà, là je suis en train de le préparer. Je dois encore écrire des textes. C’est ton premier projet perso hors Straussphère avec Roméo et consorts ? Que je mets comme ça en avant, oui. Dans d’autres textes, hormis la rupture, tu parles aussi d’un ours ou d’un redneck cocaïnomane qui tire des coups de feu à côté de ta piaule. Il y avait une bonne part d’insécurité dans ce voyage, non ? Quand on travaillait dans la culture du Brésilien, on dormait dans une tente à côté de sa maison. C'était entouré de montagnes et de forêts. Le mec nous avait montré la vidéo d’un ours qui fouillait ses poubelles, j’étais pas à mon aise. Après, ça paraît tellement irréel pour nous de voir un ours que j’y pensais pas trop. On faisait juste gaffe à ne pas laisser traîner de bouffe. Et puis y avait ce voisin avec son arme qui tirait en pleine nuit, sûrement complètement bourré… C'est surtout quand tu reviens et que tu racontes que tu réalises. Tous les gens que j’ai rencontré étaient atypiques. C'était hyper reculé, perdu ; les seules personnes que je rencontrais, c’était des gens comme ça. Pour finir, un jour, on faisait du stop et il y a un mec qui s'arrête ; il avait l'air trop chelou. On a refusé de monter. Il a glissé sa main dans sa portière pour prendre un truc et en fait, il l'a juste tendue et il m'a filé une poignée de beuh, genre 10 grammes. Il y a qu'aux US ou t'as des histoires comme ça.