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WEEDYLAND TIMES

Liban : Cannabis contre paix sociale

C’est la saison du haschish à la Bekka, une des régions les plus pauvres du Liban. Ici on plante clandestinement le cannabis depuis l’empire ottoman mais ces derniers mois, les cultures sont devenues légales et une grande partie des paysans s’est mise à entretenir le chanvre aux innombrables vertus et à la mauvaise réputation.



On estime à 90 % la population de la Bekka qui vit de ce commerce illégal. La région n’ayant pas de grandes ressources, le trafic de drogues est devenue une véritable manne financière.


En avril dernier, pendant que le monde entier fermait ses frontières, le Liban avait pris une décision qui allait changer le cours de son histoire et qui est passée sous silence : la légalisation du cannabis à des fins médicales, industrielles et de recherche. Une décision qui divise l’opinion publique mais qui a été approuvée majoritairement.


Quoi qu’il en soit, la récolte du haschisch a commencé il y a un mois, les prix de la précieuse résine commencent à baisser déjà et le marché s’autorégule. Si la matière brute se vend aujourd’hui à 30 euros le kilo, les nouvelles récoltes promettent de baisser davantage la valeur de l’or vert au grand dam des trafiquants de drogues.


Le gouvernement en quête de paix sociale n’avait pas d’autres alternatives à proposer aux populations qui se nourrissaient de ce commerce interdit que de le légaliser. On estime, par ailleurs, à 500 millions de dollars l’apport de cette filière dans le trésor du pays.


Une somme à ne pas négliger à l’heure où la dette du Liban est des plus élevées au monde. Elle équivaut à 92 milliards de dollars pour ce pays de 7 millions d’habitants, ce qui revient à 170% de son PIB.


Pour l’heure, le plan de restructuration de la dette est toujours en négociation et la récente explosion du port de Beyrouth et les dégâts occasionnés n’ont fait que creuser le fossé entre gouvernés et gouvernants et aggraver la crise.


Si le souci premier des autorités est de renflouer ses caisses, le trafic de drogue devrait baisser à terme et la chute des prix en dissuader plus d’un.


Les cultivateurs de cannabis qui se réjouissent de ces nouvelles dispositions ne devraient cependant pas gagner autant qu’avant. S’ils récupéraient dans la clandestinité 10 fois le prix d’investissement, aujourd’hui leurs revenus vont baisser, du moins dans un premier temps.


Car le gouvernement espère attirer les investissements dans cette région démunie dans une seconde phase et a misé sur l’industrie pharmaceutique.


Le Liban en défaut de payement depuis mars dernier, a choisi McKinsey & Cie pour trouver une sortie de crise et c’est le cabinet conseil mondialement connu qui avait proposé la légalisation de cannabis comme solution, une orientation en discussion et en réflexion depuis plusieurs années au pays du cèdre.


Un prêt de 120 millions de dollars de la Banque mondiale a été alloué au Liban pour développer le secteur de la Santé en ces temps de pandémie. Selon l’ancien ministre de l’économie Raëd Khoury, « Les exportations de cannabis thérapeutique pourraient rapporter chaque année un milliard de dollars de revenus aux caisses de l’État ».


Le Liban est, en effet, le troisième producteur mondial de Cannabis selon l’ONU. Après des années de politiques répressives, le temps de l’amnistie serait-il venu ? Pas si sûr ? Les trafiquants de drogue sont toujours poursuivis et même s’ils attendent l’amnistie générale, cette démarche ne fait pas partie de l’agenda du gouvernement pour l’instant.


Le Liban devient ainsi le premier pays arabe à légaliser cette drogue. Ce changement de curseur va-t-il encourage d’autres pays arabes à suivre l’exemple ? Le Maroc, premier producteur mondial de cannabis et dont la région du nord vit également de la filière tente depuis des années à trouver une solution à ce casse-tête. Plusieurs partis marocains appellent à cette légalisation pour permettre d’endiguer le trafic de drogue. L’Istiqlal et le Parti authenticité et modernité (PAM), ont déjà proposé des textes de loi visant à légaliser le cannabis à usage thérapeutique. Selon une étude de l’Institut Prohibition Partners, « la production du cannabis marocain à usage récréatif pourrait générer 916 millions de dollars et celle du cannabis à usage médical 28 millions, à l’horizon 2024 ».


Ce nouveau secteur exportateur semble avoir de beaux jours devant lui et de plus en plus de pays adhèrent à cette logique du marché après l’Uruguay qui avait ouvert la voie à des pays comme le Canada.


Le cannabis à usage médical a démontré ses bienfaits dans chez les épileptiques, il participe fortement à diminuer les effets des traitements de chimiothérapie chez les cancéreux, il stimule l’appétit et combat la dépression… et s’il permet en plus de renflouer les caisses de l’Etat, alors pourquoi pas ?