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Santé :Le cannabis thérapeutique se fait attendre en rhumatologie

Votée par l’Assemblée nationale le 25 octobre 2019, l’expérimentation du cannabis thérapeutique débutera en France en 2020. Le comité scientifique spécialisé temporaire (CSST) de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) viennent en effet de laisser une porte ouverte à l’autorisation thérapeutique du cannabis sous certaines conditions. Mais celui-ci ne figurera toujours pas comme une possibilité dans le traitement des douleurs ostéo-articulaires. Quelles en sont les raisons ? Nous avons décrypté pour vous la place du cannabis thérapeutique en rhumatologie.



cannabis-therapeutique

Le cannabis récréatif à distinguer du cannabis médical

La cannabis contient des centaines de molécules, dont deux notables nous intéressent plus particulièrement ici : le tetrahydrocannabinol (THC), et le cannabidiol (CBD), qui ont des effets psychologiques et physiologiques différents. Malgré leurs nombreuses similarités, il est important de les distinguer car ils n’ont pas la même influence sur le corps et le cerveau. Ainsi le cannabis récréatif est à distinguer du cannabis médical par sa composition. Il est plus concentré en THC, une molécule psychotrope altérant la perception, les sensations, l’humeur, la conscience. Le cannabis médical, quant à lui, contient beaucoup plus de CBD, sans effet psychotrope, et une petite quantité de THC.


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Le cannabis thérapeutique encore peu étudié en rhumatologie

Depuis 2014, date du congrès de l’European League Against Rheumatism, les études dans le domaine des douleurs rhumatismales ont peu évolué. Les travaux sur la polyarthrite rhumatoïde et la fibromyalgie n’ont en effet pas suffi à démontrer que le cannabis pouvait avoir des effets sur la douleur dans ces pathologies.


En 2020, une expérimentation du cannabis thérapeutique mis en place par l’ANSM, sera une grande première. Les 5 indications retenues ne seront en revanche pas ostéo-articulaires mais concerneront les cas de : douleurs de sclérose en plaque, soins palliatifs, épilepsie réfractaire, douleurs chroniques suivies en centres de lutte contre la douleur et soins de support. Cette situation de statu quo déçoit les patients rhumatologiques, très en demande de cannabis thérapeutique.


Des effets contre les douleurs rhumatologiques encore à l’étude

Il est désormais connu que les dérivés cannabinoïdes agissent à la fois sur :


Le système nerveux central, impliqué dans la douleur, la mémorisation, le plaisir, et le sommeil

Le système nerveux périphérique, associé au système immunitaire, doté d’un effet anti-inflammatoire

Une méta-analyse publiée en 2018, expérimentant le cannabis thérapeutique chez 9 958 patients conclut :


À une efficacité limitée du cannabis sur les douleurs ostéo-articulaires

À une amélioration des troubles associés tels que l’anxiété et le trouble du sommeil

D’autres études, effectuées sur des volontaires sains, dont la douleur était induite par la capsaïcine (un composé du piment) ont par ailleurs montré que le THC :



Un besoin de recherches complémentaires

Pour le Dr Perrot, rhumatologue, “le cannabis thérapeutique s’inscrit dans un débat non médical, parfois passionnel et lié à un effet générationnel. Une vraie question se pose pour les rhumatologues : pourquoi interdire le dextropropoxyphène, le clonazépam et bientôt le tramadol voire le paracétamol et autoriser le cannabis qui n’a pas encore fait ses preuves. Mais si des études montrent que ce produit est efficace en rhumatologie, pourquoi s’en priver ?”. Il pointe donc du doigt toute l’importance d’effectuer des études complémentaires.

Au Canada, où le cannabis thérapeutique connaît un véritable essor, des études montrent un effet antalgique très modeste.

Pour le Dr Mary-Ann Fitzcharles “les mécanismes de la douleur empruntent des voies différentes par rapport au cancer ou aux douleurs neuropathiques”, rendant inappropriée toute extension de l’efficacité du cannabis d’une situation pathologique à une autre.

Enfin, les conclusions de ces différentes études, n’allant pas toujours dans le même sens, restent à l’heure actuelle difficilement interprétables au vu des protocoles utilisés à savoir : cannabinoïdes de synthèse, autoquestionnaire, ou encore usage récréatif du cannabis.